Mon beau-père à un jardin a Villefranche-sur-Saône ou il cultive des framboisiers depuis vingt ans. Chaque printemps, il bouturaît naturellement sans même y penser – les drageons (rejets racinaires) se propageaient d’eux-mêmes. En 2022, quand j’ai voulu planter des framboisiers dans mon carré potager a Lyon, il m’a expliqué la différence entre laisser faire la nature et maîtriser le bouturage pour multiplier les plants à l’endroit voulu. Voici ce que j’ai appris.
Comprendre le framboisier avant de bouturer
Le framboisier (Rubus idaeus) est une plante vivace qui produit ses fruits sur des tiges de deux ans (les cannes florifères) après une première année de croissance végétative (les cannes primocanes). Il vit naturellement 8-10 ans en production intense, puis sa productivité décline.
Le bouturage sert a prolonger la plantation sans acheter de nouveaux plants : on prélève du matériel végétal sur les pieds existants pour créer de nouveaux individus génétiquement identiques.
Deux méthodes principales :
Bouturage par tiges (canes) : la plus répandue, réalisée en été (juin-juillet). On prélève des tiges de l’année et on les fait s’enraciner.
Bouturage par racines (drageons) : réalisé en automne (octobre-novembre). On sépare les rejets racinaires qui poussent naturellement autour des pieds-mères.
Mon ressenti
Le bouturage par drageons est de loin le plus simple et le plus efficace. Le framboisier dragonne naturellement – vous n’avez qu’a guider et séparer ce que la plante fait d’elle-même. Je n’aurais jamais commencé par les boutures de tiges si j’avais su.
Bouturage par drageons (racines) : méthode recommandée
Quand le faire : En automne (octobre a novembre). Les drageons ont eu toute la saison pour s’enraciner et sont prêts a être séparés. On peut aussi le faire au début du printemps (mars) avant la reprise de la végétation.
Comment identifier les drageons : Ce sont des tiges qui poussent à distance des pieds-mères (20-60 cm), directement dans le sol. Elles ont leurs propres racines. Tirer doucement à la base : si ca résiste et que la base est blanche, le drageon est bien enraciné.
La technique de séparation :
- Identifier les drageons vigoureux (tiges de 20-40 cm, base blanche, quelques racines fibreuses visibles).
- Creuser autour de la base avec une petite fourche-bêche ou un couteau de jardin – sans couper les racines.
- Couper le cordon racinaire qui relie le drageon au pied-mère (section propre au sécateur).
- Sortir le drageon avec sa motte.
- Replanter immédiatement dans le nouvel emplacement ou en pot temporaire.
Arroser copieusement après la transplantation et maintenir le sol humide les 3-4 premières semaines.
Taux de reprise : 85-95 % si réalisé à la bonne période sur des drageons bien enracinés.
Bouturage par tiges : méthode d’été
Quand le faire : Juin-juillet, sur des tiges de l’année (primocanes vert clair, pas les tiges marron de deuxième année).
Matériel nécessaire :
- Sécateur affûté et désinfecté (alcool a 70 %)
- Hormone de bouturage en poudre (vendue 5-8 euros chez Truffaut ou Botanic)
- Terreau léger drainant (mélange 50 % terreau, 50 % perlite ou sable de rivière)
- Pots individuels de 8-10 cm
Pour des ressources complémentaires sur les variétés et les techniques de multiplication des petits fruits, vous pouvez consultez le site pour des fiches détaillées par espèce et par région.
Les étapes précises :
- Prélever des tiges saines de l’année (vert clair, pas encore lignifiées). Longueur : 15-20 cm. Section propre au sécateur a 0,5 cm sous un noeud.
- Retirer les feuilles des 2/3 inférieurs. Conserver 2-3 feuilles en haut.
- Couper les grandes feuilles en deux (pour réduire l’évaporation).
- Tremper la base 2-3 cm dans la poudre d’hormone de bouturage. Tapoter l’excès.
- Insérer la bouture dans le substrat humide (faire d’abord un trou avec un crayon pour ne pas arracher la poudre).
- Tasser légèrement et arroser.
À noter
Les boutures de tiges réclament une atmosphère humide pendant les 3-4 premières semaines. Couvrez les pots d’un sac plastique ou d’une cloche en plastique transparent. Aérez 5 minutes par jour pour éviter les moisissures. Retirez la cloche dès que de nouvelles feuilles apparaissent – signe d’enracinement.
Maintenir les boutures jusqu’à la plantation définitive
Après le bouturage de tige : les premières racines apparaissent en 3-5 semaines. Signe extérieur visible : nouvelle pousse à la base de la bouture. Ne pas rempoter avant d’avoir des racines qui débordent des trous de drainage.
Hivernage : rentrer les pots en intérieur (garage hors gel, entre 5 et 10°C) ou protéger avec un voile d’hivernage. Le framboisier est rustique, mais un jeune plant en pot ne l’est pas autant qu’un plant en pleine terre.
Plantation définitive : Printemps suivant (mars-avril). Enrichir le sol de compost (5-8 litres par m2). Espacer les plants de 60-80 cm sur le rang, 1,20-1,50 m entre les rangs.
Choisir le bon emplacement et anticiper la taille
Un framboisier bien planté donne 10 ans de fruits sans grande intervention. Les critères d’emplacement :
- Mi-ombre ou soleil (4-6h de soleil direct minimum pour une bonne fructification)
- Sol légèrement acide (pH 5,5-6,5), riche en humus, bien drainé mais non sec
- Tuteurage ou palissage : les cannes florifères de 1,20-1,50 m tombent sous le poids des fruits. Prévoir deux fils de fer horizontaux a 60 et 100 cm du sol.
La taille est simple : couper les cannes ayant fructifié à la base (tiges marron de 2 ans) chaque automne. Garder 5-7 canes primocanes (tiges vertes de 1 an) par pied pour la prochaine saison.
Le framboisier est l’un des fruits les plus faciles a multiplier au jardin. Et il n’y a pas de meilleure façon de commencer qu’en récupérant des drageons chez un voisin ou un ami qui en a trop. Gratuit et efficace : la combinaison parfaite.
