En economics journalism, le piège classique est de confondre l’actualité qui fait du bruit avec l’actualité qui change vraiment les trajectoires. La faillite d’une banque régionale américaine a fait les unes pendant trois semaines en 2023. La fin du tarif réglementé du gaz en France – qui touche directement 5,5 millions de ménages – a eu beaucoup moins de couverture. C’est elle qui pesait le plus lourd dans les portefeuilles.
La fin du tarif réglementé du gaz : ce que ca a changé
Le 30 juin 2023, le tarif réglementé de vente du gaz naturel (TRV) s’est définitivement éteint en France. Engie, dernier fournisseur a le pratiquer, a basculé ses clients vers des offres de marché.
Ce tarif existait depuis l’après-guerre. Il était fixé par l’État (via la Commission de Régulation de l’Énergie), pas par les fournisseurs. Il permettait de lisser les fluctuations de marché et de protéger les ménages en période de tension.
La suppression a été progressive depuis 2019 (conformément aux directives européennes sur l’ouverture des marchés de l’énergie). Mais pour les 5,5 millions de foyers encore sur ce tarif au 30 juin 2023, le basculement a été soudain dans les faits.
Impact réel : en 2023, les prix de marché étaient souvent proches du tarif réglementé – la transition n’a pas créé de choc immédiat. Mais la protection structurelle a disparu : en cas de nouvelle flambée des cours du gaz (comme en 2022, +120 % sur un an), les ménages sont désormais exposés directement.
À noter
Si vous étiez sur le tarif réglementé et que vous n’avez rien fait, Engie vous a automatiquement basculé sur une « offre de marché indexée » – comparable en termes de protection, mais sans garantie de prix. Comparer les offres via le comparateur énergie.info (site officiel de la CRE) reste la seule façon de savoir si vous payez le bon prix.
Les taux d’intérêt : ce que la hausse a réellement coûté
La BCE a relevé ses taux directeurs de 0 % a 4,5 % entre juillet 2022 et septembre 2023. Rythme sans précédent depuis la création de la zone euro.
Impact sur les crédits immobiliers : en France, le taux moyen d’un crédit immobilier sur 20 ans est passé de 1,06 % en décembre 2021 a 4,20 % en décembre 2023. Pour un emprunt de 200 000 euros sur 20 ans, la mensualité est passée de 920 euros a 1 240 euros. Soit +320 euros par mois, +3 840 euros par an.
Pour des ressources d’actualité économique en temps réel, vous pouvez en découvrir plus sur les fluctuations de taux et les décisions de la BCE qui impactent directement les emprunteurs immobiliers.
Conséquence directe : le marché immobilier français a reculé de 22 % en volume de transactions en 2023 selon les données notariales. Des acquéreurs solvables en 2021 ne l’étaient plus en 2023 sans apport personnel significatif.
Petit mouvement de correction à partir de janvier 2024 : les taux ont commencé a reculer (3,80 % en moyenne en mai 2024). Mais la correction reste partielle et lente.
L’inflation : les chiffres derrière le discours
L’inflation en France a culminé a 6,2 % en glissement annuel en mars 2023 (INSEE). En 2024, elle est revenue autour de 2,3 %. La désinflation est réelle.
Mais les prix ne baissent pas – ils augmentent moins vite. Un kilo de beurre qui valait 1,80 euros en 2021 valait 2,80 euros en 2024, même si l’inflation s’est calmée. L’effet cumulatif des deux ans de forte inflation reste dans les cadies.
Secteurs les plus touchés entre 2021 et 2024 :
- Alimentation : +16 % cumulés (source : INSEE)
- Énergie : +28 % malgré le bouclier tarifaire
- Assurances (auto, habitation) : +12 % cumulés
- Restauration : +14 % cumulés
Les salaires n’ont pas suivi au même rythme. Le pouvoir d’achat des ménages a reculé de 1,7 % entre 2021 et 2023 selon la DREES.
Bilan honnête
Ceux qui ont subi le plus : les locataires sans indexation de salaire sur l’inflation, les détenteurs de crédits immobiliers a taux variable, et les entreprises de BTP confrontées à la fois à la hausse des matériaux et au recul des chantiers privés.
Le retour des déficits : ce que ca implique
Le déficit public français a atteint 5,5 % du PIB en 2023 (objectif Maastricht : 3 %). La dette publique frôle 112 % du PIB.
Ce chiffre n’est pas une abstraction. Il signifie que l’État emprunte pour financer ses dépenses courantes (pas uniquement les investissements). Et que la charge des intérêts – 50 milliards d’euros en 2023 – devient le troisième poste budgétaire après l’Education et les Armées.
Conséquences attendues dans les prochaines années : pression sur les dépenses sociales (APL, retraites, santé), possibilité de hausses de prélèvements, risque de dégradation de la note souveraine française (S&P a abaissé la note de AA a AA- en mai 2024).
Pour les ménages, la question pratique est : quelles dépenses publiques vont être rognées en premier ? Les projections du FMI et de la Cour des Comptes pointent vers les niches fiscales (MaPrimeRénov’, réductions d’impôt) et les aides sociales indexées.
Ce que les PME ont vécu en 2023-2024
Derrière les grands indicateurs, la réalité des chefs d’entreprise de TPE-PME est documentée par la Banque de France et la CPME.
En 2023, 57 000 entreprises ont fait faillite en France – niveau le plus élevé depuis 2015. Le « mur » d’entreprises maintenues artificiellement par les PGE (Prêts Garantis État du Covid) a commencé a se fissurer.
Les secteurs les plus touchés : construction (+23 % de défaillances), restauration (+18 %), commerce de détail (+15 %).
A l’inverse : les cabinets de conseil, l’ingénierie et les services numériques ont maintenu leurs marges grâce à la demande soutenue en France sur la transformation digitale et l’efficacité énergétique.
L’économie française en 2024 ressemble à un moteur qui redémarre après un hiver dur : le froid n’est pas oublié, mais la machine tourne. La vraie question est de savoir si les corrections de cap décidées maintenant sont proportionnées aux défis des dix prochaines années.
