Les fashion weeks de janvier et de juin posent les tendances, et les magazines de mode recyclent ces images jusqu’en septembre. Le problème avec la mode hivernale masculine, c’est que l’essentiel de ce qui circule est conçu pour des photos en extérieur par temps froid avec un budget de mannequin et un styliste. Pas pour monter dans un tramway lyonnais un mardi matin avec 8 kilos de sac.
Mon point de vue sur les looks d’hiver masculine : l’hiver est la saison ou les matières parlent le plus. Les looks qui tiennent ne sont pas ceux qui suivent la tendance – ce sont ceux qui sont construits sur des pièces avec de la substance.
Ce qu’une vraie collection hivernale masculine propose
Chaque saison, quelques collections sortent du lot parce qu’elles s’appuient sur des principes durables plutôt que sur des effets visuels faciles.
La collection automne-hiver 2024 de Dries Van Noten que j’avais suivie en vidéo (pas en salle, les accréditations de presse internationale ne sont pas ma vie quotidienne) proposait quelque chose de rare : des imprimés forts sur des silhouettes « casual » mais construites. Pas de le masculinité agressive, pas d’oversize pour l’oversize. Des pièces avec une intention claire.
Ce que j’observe dans les collections qui fonctionnent bien dans la durée : elles mélangent un ou deux imprimés forts avec des bases neutres solides. Lemaire, Acne Studios, et dans un registre plus accessible, COS, font ca avec cohérence.
Le moment vérité
Je ne vais pas aux fashion weeks. Je regarde les retransmissions, je lis les comptes-rendus. Ce qui me frappe chaque saison : l’écart entre ce qui est montré en défilé et ce qu’on peut porter sans devenir une attraction dans la rue. Ce n’est pas un reproche – c’est la nature du médium. Le défilé est un spectacle, pas un catalogue.
Le costume d’hiver : la pièce la plus sous-utilisée
Le costume d’hiver masculin souffre d’une mauvaise reputation depuis vingt ans. La montee du casual et de l’athleisure a reduit son domaine d’utilisation percu. En réalité, il reste la pièce la plus structurante de l’hiver masculin.
Deux configurations qui fonctionnent sans recourir au look « costume classique de bureau » :
Pantalon a pinces + debardeur épais + manteau long : le look Lemaire que j’ai mentionne n’est pas si complique a reproduire. Le pantalon a pinces remplace le jean plat pour ajouter de la structure dans le bas, le debardeur remplace la chemise pour baisser le registre, le manteau long (pas la veste de costume) fait le lien.
Veste de costume en laine brossée + pull cable + jean raw denim : un look qui casse la formalite du costume en sortant la veste de son contexte naturel. La veste en laine brossée (herringbone gris ou bleu) porte bien sur un pull épais et un jean rigide.
Les matières qui font un bon look d’hiver
L’hiver, les matières sont tout. Un jean en coton fin en janvier, c’est miserable physiquement. Quelques choix de matières qui changent le confort sans sacrifier l’allure :
La flanelle de laine : pour les pantalons habillés et les vestes. Souple, chaud, qui tient bien la forme. La flanelle gris moyen est la plus versatile.
Le tweed : pour les vestes et blousons. Deja traité longuement dans d’autres articles – c’est la matière d’hiver par excellence pour une tenue avec du caractère.
Le velours cotele : pour les pantalons casuels. Chaud, texturé, avec un aspect matter que le denim n’a pas. Le marron, le vert ou le bleu marine en velours cotele fonctionnent avec la plupart des vestes d’hiver.
La laine bouillie (boiled wool) : pour les blousons mid-layer. Dense, anti-vent naturel, qui tient chaud sans être épais. Moins repandue que les autres matières mais a découvrir.
Les erreurs les plus courantes dans un look d’hiver
Les pulls informes : le pull épais qui ressemble à un placard a laine, oversized sans intention. Un pull hivernal doit avoir une structure – soit ajustée, soit ample avec une coupe definie. L’entre-deux informe est le look qui fait rentrer chez soi pour se changer.
Les couleurs trop neutres empilees : gris sur gris sur gris, c’est triste. Meme a 50 nuances de gris. Intégrer au moins une matière avec une texture forte (tweed, velours) ou une couleur qui contraste (marron chaud dans un look gris, rouge brique dans un look marin).
Les chaussures qui ne tiennent pas : en hiver, les chaussures subissent la pluie, le sel, le froid. Une belle tenue sur des sneakers decolorees ou des derbies mal entretenus, c’est un desequilibre visible.
L’accumulation de pièces épaisses : une veste en laine + un manteau en laine + un pull épais, ça donne une silhouette en tonneau. L’hiver se gere par superposition fine (thermique, mid-layer, externe) plutôt que par accumulation de volumes.
Ce qui resiste au temps dans les looks d’hiver
Les pièces que j’ai portees le plus souvent hiver après hiver ne sont pas celles que j’ai achetées pour « suivre une tendance ». Ce sont les pièces qui ont une qualité de matière supérieure, une coupe definie, et qui se combinent avec plusieurs autres choses dans le dressing.
Un bon manteau en laine boutonné de couleur neutre, une veste tweed de qualité, un pull cable ou un col roule en merino, un pantalon en flanelle coupe droite : ces quatre pièces couvrent 80% des situations de la saison froide. Le reste est de l’accessoire et de la variation.
Ce n’est pas la méthode la plus excitante pour suivre la mode. Mais c’est la méthode qui donne le meilleur rapport entre l’investissement initial et le plaisir a long terme.
