Une inspection de routine chez un ami a Lyon il y a trois ans a revele une colonie de termites dans les lambris de son salon. Visuellement, rien ne laissait penser à une infestation – les bois semblaient en bon état à l’œil. C’est quand un baton enfonce dans un montant a cede sans resistance que le technicien a expliqué ce qui se passait à l’intérieur depuis probablement deux ans. La colonie avait consomme la quasi-totalite de l’intérieur du bois en laissant la surface intacte.
Les termites en France metropolitaine concernent surtout les especes souterraines – Reticulitermes flavipes et Reticulitermes lucifugus – qui creusent des galeries depuis le sol jusqu’aux boiseries de la maison. Leur zone d’implantation couvre aujourd’hui plus de la moitie des departements metropolitains.
Comment détecter une infestation : les signes que vous ne voyez pas
L’infestation de termites est difficile a détecter precocement précisément parce que les termites evitent la lumière et la dessiccation. Ils maintiennent une atmosphere humide dans leurs galeries et ne percent jamais la surface extérieure des bois qu’ils consomment.
Les signes indirects :
- Galeries de boue : les termites souterrains construisent des tunnels en terre pour se deplacer entre le sol et les boiseries. Ces galeries de boue (2 a 5 mm de large) sont visibles sur les fondations, les murs en sous-sol, les piedroits des baies.
- Bois « creux » : un bois infeste sonne creux quand on le frappe. Systematiser ce test sur toutes les boiseries de bas d’une maison.
- Chute de petits grains de bois (excretions de termites) dans des angles ou le long des plinthes
- Seuil de porte ou parquet qui cede sous le poids
La détection professionnelle :
Les diagnostiqueurs termites utilisent des detecteurs a ondes sonores (endoscope acoustique) et des endoscopes pour inspecter les cavites sans tout demonter. En zone reglementee, un diagnostic termites est obligatoire lors de toute vente immobiliere (article L271-4 du Code de la Construction).
A noter
En France, 29 departements sont entierement classés « zone a risque termites » selon l’arrete du 27 juin 2006, dont l’ensemble des departements du littoral atlantique, le Rhône, une partie de l’Île-de-France, et plusieurs departements du Sud. En zone reglementee, les proprietaires ont l’obligation de déclarer en mairie toute infestation constatee.
Les méthodes de traitement : ce qui est efficace
Le traitement par injection. C’est la méthode la plus courante pour les infestations dans les boiseries : injection d’insecticide (biocide homologue) sous pression dans des perforations régulièrement espacees dans le bois. Le produit diffuse par capillarite dans tout le bois et cree une barriere toxique pour les termites.
Efficace sur les boiseries déjà infestees. Ne traite pas la colonie mère dans le sol. Durée de protection : 5 a 10 ans selon le produit et les conditions d’humidité.
Le traitement du sol par injection ou barriere chimique. Une barriere d’insecticide est créée dans le sol sur tout le perimetre de la maison et sous la dalle (si accessible). Les termites qui traversent la barriere meurent et contaminent leurs congeneres (effet transfert).
C’est la méthode qui attaque la colonie plutôt que de se contenter de protéger les boiseries. Elle nécessité un accès a tout le perimetre de fondation et est significativement plus coûteuse.
Les appâts (système de barriere active). Des appâts contenant des inhibiteurs de croissance sont installes dans le sol autour de la maison. Les termites les consomment, les rapportent à la colonie, et l’inhibiteur de croissance empeche les larves de muer – causant progressivement l’effondrement de la colonie.
C’est la méthode la plus respectueuse des non-cibles (animaux, plantes), mais la plus lente – entre 6 et 18 mois pour eliminer une colonie. Utilisee plutôt en prevention ou en complément.
Les traitements thermiques et par azote. Pour les infestations localies dans des pièces spécifiques : élévation de la temperature a 50-55 degres Celsius ou abaissement par injection d’azote liquide. Efficace mais peu accessible pour les grandes surfaces.
Ce qu’il ne faut pas faire soi-même
J’insiste sur ce point : le traitement des termites par un particulier sans formation est inefficace dans la plupart des cas, et potentiellement dangereux.
Les produits biocides de traitement termites sont reglementes (classification CMR pour certains). Leur application nécessité une formation spécifique et un équipement de protection adapte.
De plus, un traitement mal cible – par exemple, traiter uniquement les boiseries visibles sans traiter le sol – ne fait que deplacer la colonie. Les termites contournent la zone traitee et trouvent un autre accès.
Le Code de la Construction impose que les traitements termites en zone reglementee soient realises par des entreprises certifiees CTB-A+ (Centre Technique du Bois) ou equivalentes. Une attestation de traitement est requise pour toute vente ou toute déclaration en mairie.
Mon ressenti
J’ai vu des gens tenter de traiter eux-mêmes avec du bois traite en surface et des produits de bricolage. Résultat dans 90% des cas : la colonie s’est adaptee et a progressé vers d’autres zones. Le traitement professionnel coûte entre 1 500 et 8 000 euros selon la surface et la méthode – c’est cher, mais c’est ce que coûte une charpente refaite à neuf dans 3 ans.
Les obligations légales du proprietaire
En zone reglementee, le proprietaire a plusieurs obligations :
Obligation de déclaration. Toute infestation constatee doit être déclarée en mairie dans le mois suivant la constatation. Le formulaire est disponible en mairie ou sur le site de la prefecture. L’absence de déclaration expose à des sanctions et peut engager la responsabilite civile si l’infestation se propage aux batiments voisins.
Obligation de traitement. La mairie peut enjoindre le proprietaire de faire traiter son bien par un prestataire certifie.
Obligation d’information lors de la vente. Le diagnostic termites fait partie des DDT (diagnostics techniques obligatoires). Un diagnostic negatif vieux de plus de 6 mois doit être refait.
En copropriete. L’infestation d’une partie d’un immeuble impose souvent un traitement de l’ensemble, car les colonies ne s’arretent pas aux murs de separation. Le syndic de copropriete doit être informe et doit organiser l’intervention.
La prevention : moins chère que le traitement
Quelques mesures preventives efficaces :
Eliminer les zones d’humidité. Les termites ont besoin d’humidité pour survivre. Une bonne ventilation sous les planchers bois, l’étanchéité des toitures et facades, et le drainage efficace autour des fondations reduisent significativement l’attractivite du batiment.
Ne pas stocker de bois a contact du sol. Bois de chauffage, palettes, rondins poses directement sur la terre au contact de la maison sont autant d’appetissants pour les termites qui cherchent un accès.
Choisir des matériaux resistants en construction ou rénovation. Les bois traites CTB-H (haute durée en milieu humide) et les essences naturellement durables (iroko, pin sylvestre traite) resistants aux termites sont a privilegier pour les éléments en contact avec le sol ou la maçonnerie.
Faire inspecter régulièrement. Dans les zones a risque, un contrôle annuel par un professionnel certifie permet de détecter les infestations avant qu’elles ne deviennent coûteuses.
La prevention coûte une centaine d’euros par inspection. Un traitement curatif complet se compte en milliers. La refection d’une charpente impactee, en dizaines de milliers. L’arithmetique est claire.
