Les carreaux de ciment sont revenus en force dans les cuisines depuis une dizaine d’années. Pas un effet de mode qui s’épuise : un matériau avec une esthétique réelle, adapté aux crédences, qui supporte la chaleur, la vapeur et les projections de cuisson. Mais c’est un matériau qui demande une technique de pose précise et un entretien régulier. Les carreaux de ciment non traités qui se tachent définitivement après un splashe de vin rouge, ou les joints qui s’écaillent parce qu’ils ont été posés sans respect du temps de séchage : ce sont des erreurs évitables avec la bonne information.
Pourquoi les carreaux de ciment sont différents des carreaux céramique
Le carreau de ciment n’est pas un produit vitrifié. Il est fabriqué par compression d’un mélange de ciment Portland, de poudre de marbre et de pigments naturels. Il n’a pas de couche de vitrifié en surface – contrairement aux carreaux céramique ou grès. Cette absence de protection surfacique est à la fois son charme (rendu mat et brut) et sa contrainte (porosité importante).
La porosité du carreau de ciment implique deux conséquences directes sur l’entretien et la pose :
Il absorbe tout : eau, huile, vin rouge, jus de cuisson s’infiltrent dans la masse si le carreau n’est pas traité. Une tache d’huile non éliminée dans les minutes suivant le contact peut être permanente sur un carreau non protégé.
Il réagit aux acides : le vinaigre, le jus de citron, les produits ménagers acides attaquent chimiquement la surface du carreau de ciment. Le nettoyage au vinaigre blanc – pourtant recommandé pour les carreaux céramique – est contre-indiqué ici.
Coup de gueule
Les tutoriels en ligne qui conseillent de poser des carreaux de ciment sans traitement de surface préalable sont une source de déceptions. Ce matériau doit impérativement être imperméabilisé avant usage. Pas une option, une nécessite.
Préparer le support : étape décisive
La crédence s’installe entre les meubles bas et les meubles hauts de cuisine, derrière le plan de travail. La surface à préparer est généralement plâtre peint, enduit ciment ou carreaux existants.
Sur plâtre peint : dégraisser, poncer légèrement pour casser le brillant, appliquer une résine d’accrochage ou un primaire spécifique pour plâtre peint. Sans cette étape, le mortier-colle ne tient pas sur la peinture existante.
Sur carreaux existants : la pose sur carreaux est possible si l’ensemble est stable, bien collé et qu’il n’y a pas de cloquages. Poncer légèrement au papier grain 80 pour créer une accroche mécanique. Vérifier que l’épaisseur supplémentaire (carreau de ciment + colle) est compatible avec les prises, interrupteurs ou raccordements électriques existants.
Sur béton nu ou enduit ciment : idéal. Nettoyage et primaire d’accrochage.
Vérifier la planéité du support avec une règle de maçon de 2 mètres. Une variation de planéité supérieure à 3 mm au mètre nécessite un ragréage préalable : le carreau de ciment, fin (entre 10 et 16 mm selon les marques), ne compense pas les défauts de planéité.
La technique de pose : le double encollage
Le double encollage est la technique recommandée pour tous les carreaux naturels poreux, carreaux de ciment en tête. Elle consiste à encoller à la fois le support et le dos du carreau.
Pourquoi le double encollage : un carreau poreux posé en encollage simple (colle uniquement sur le mur) absorbe rapidement l’eau contenue dans la colle, créant un point de séchage trop rapide et une adhérence insuffisante. Le double encollage garantit que la colle reste suffisamment hydratée le temps de faire la prise, et que le contact est total entre les deux surfaces.
La colle à utiliser : mortier-colle C2 (classement européen) pour les carreaux naturels. Le C2 désigne une colle à haute adhérence, adaptée aux matériaux poreux et absorbants. Les colles C1 standard sont insuffisantes.
La procédure :
- Préparer le mur (primaire d’accrochage sec)
- Peigner le mur avec la colle et un peigne cranteur 6 mm (joints carrés)
- Appliquer une fine couche de colle au dos de chaque carreau (pas de peigne, juste enduire)
- Appuyer le carreau en effectuant un léger mouvement de rotation pour chasser l’air
- Presser de la paume, vérifier que le contact est total (aucun creux sous le carreau)
- Installer les espaceurs (joint de 1 mm maximum recommandé pour les carreaux de ciment)
Pour commander les matériaux et vérifier les références de colle compatibles avec les carreaux de ciment, j’ai trouvé des informations précises sur passer commande notamment les comparatifs entre marques de mortier-colle C2 et les quantités à prévoir selon les surfaces.
Le traitement de surface : avant et après pose
Avant la pose : appliquer une couche de résine imperméabilisante (Fila MP90 Eco, Lithofin KF, Tile Doctor Colour Grow selon la finition souhaitée) sur chaque carreau. Laisser pénétrer 15 minutes, essuyer l’excédent. Répéter avec une seconde couche si le carreau est particulièrement poreux (test : une goutte d’eau doit perler en surface, pas être absorbée).
Après la pose et le jointoiement : appliquer une nouvelle couche de résine sur l’ensemble de la surface posée. Cette étape final garantit que les joints sont également protégés.
Mon avis sans détour
La résine imperméabilisante change l’aspect des carreaux de ciment : elle les assombrit légèrement et leur donne un fini légèrement plus « mouillé » qu’à sec. C’est l’aspect définitif. Avant d’imperméabiliser toute la crédence, tester sur un carreau caché pour valider que le rendu correspond à l’idée initiale.
Le jointoiement
Le mortier de joint : utiliser un joint fin (1 mm) de même teinte que le carreau ou légèrement plus clair pour les crédences. Un joint coloré foncé peut tacher les carreaux poreux si le mortier entre en contact avec la surface pendant l’application.
La technique : appliquer le mortier en diagonal sur la surface avec une raclette caoutchouc, en forçant le joint dans les interstices. Travailler par zones de 50 cm x 50 cm. Rincer la surface avec une éponge humide (pas détrempée) avant que le mortier ne sèche.
Les premières 24h après jointoiement : ne pas humidifier, laisser sécher.
L’entretien du joint : les joints de carreaux de ciment nécessitent une surveillance annuelle. Refaire les zones fissurées ou décollées immédiatement : un joint ouvert sur une crédence de cuisine s’infiltre d’humidité et de graisses, ce qui dégrade le joint adjacent.
Entretien au quotidien
Nettoyage : eau tiède et savon de Marseille ou produit spécial carreaux naturels (pH neutre). Jamais de vinaigre, jamais de Javel, jamais de produits décapants.
Séchage : essuyer les projections de cuisson dès qu’elles se produisent. Le délai entre la projection et le séchage conditionne la récupérabilite de la tache.
Retraitement : tous les 2 à 3 ans, reappliquer une couche d’imperméabilisant sur l’ensemble de la crédence pour maintenir la protection.
